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Episode 85 Transcript

Have you ever noticed that Canadian French isn't just one thing?

When many learners think of Canadian French, they think of Québec. But Canada is home to many French-speaking communities, each with its own history, culture, and way of speaking. Today, we're heading to Atlantic Canada to explore Acadian French and Chiac with linguist and content creator Janelle Poirier.

Janelle is originally from southeastern New Brunswick and creates content online about Acadie, Chiac, language variation, and linguistic myths. In this conversation, she'll introduce us to some of the unique features of Chiac, a variety of Acadian French spoken primarily in southeastern New Brunswick.

As you listen, you might notice a few things that are different than other guests we’ve had on the podcast. You'll hear words like tsé, which is a very common filler word that’s also used in Québec French (tu sais = tsé). You may hear English-origin verbs like driver that are fully integrated into Acadian French grammar. You'll hear structures such as quand que, instead of quand, and you'll notice that some relative pronouns like become où est-ce que (but not as a question word), which are used differently than in the French many learners encounter in textbooks and apps – you definitely aren’t learning this on Duolingo. Janelle also talks about the Grand Dérangement, the deportation of the Acadians in the 18th century, and how that history continues to shape Acadian identity today and how it’s related to French in Louisiana.

One thing I especially encourage you to do  is listen for patterns rather than individual words. Some pronunciations, vocabulary choices, and grammatical structures may be unfamiliar at first, and that's completely normal. It’s so important, though, to get your ear used to different varieties of French so that you can interact with more French speakers and media! 

As always, I recommend listening once without the transcript. You'll be surprised by how much more you catch the second time when you can read and listen along! 

Let's jump into my conversation with Janelle Poirier.

Natalie Amgott: Alors bonjour Janelle. Merci beaucoup d'être là aujourd'hui.

Janelle Poirier: Bonjour.

Natalie Amgott: Est-ce que tu pourrais te présenter un petit peu pour nos auditeurs et pour moi aussi, parce que je te suis sur Instagram, mais je te connais pas encore.

Janelle Poirier: Oui, donc mon nom, c'est Janelle. Je suis originaire du sud-est du Nouveau Brunswick, qui est une province canadienne en haut du Maine, parce qu'il y a beaucoup de gens qui ne savent pas ou ce qui est Nouveau Brunswick. C'est une province bilingue, donc bilingue français-anglais.

Moi, j'ai grandi dans une famille francophone, c'est-à-dire que je parlais français à la maison, j'étais à une école française de la maternelle à la douzième anné. Jj'étais à l'université de Moncton qui est aussi une université de langue française. Et j'ai étudié en études françaises, mais avec un profil linguistique, donc la plupart de mes cours, c'était plus des cours de linguistique.

Puis ensuite je suis tout de suite en Floride, où ce que j'ai étudié une maîtrise en français et une maîtrise en linguistique appliquée avec une concentration dans l'acquisition de deuxièmes langues. 

Puis autre que ça, je fais aussi les milieux sociaux. Donc j’ai Instagram et TikTok. C’est juste ces plateformes-là que j'utilise pour le moment. Donc mon synonyme, c'est Janelle Acadie.

Je fais beaucoup de vidéos linguistiques, je parle de l'Acadie, je parle du chiac, je parle de la culture acadienne, du français, du français canadien, d'autres choses aussi, mais c'est surtout ça. 

J'ai commencé mon TikTok en premier, pendant 2020 parce que la Covid, on n'avait rien à faire.

C'était ma façon de socialiser, puis c'est ça. J'ai eu quelques vidéos linguistiques qui ont eu un petit peu plus de vues. Puis de là, j'ai continué dans ce parcours là, puis c'est ça. On est ici aujourd'hui.

Natalie Amgott: C'est vraiment cool, j'admire tout ce que tu fais. Je suis aussi dans la linguistique et l'acquisition de langues. Et j'ai étudié à l'Université de Floride pour la maîtrise. Je sais pas là où tu es, à quelle l'université, mais j'ai vraiment aimé ces expériences-là. C'est là où j'ai appris un peu, en fait, il y avait un cours sur les variétés du français canadien. et il y avait une unité de 3-4 semaines sur le français acadien et je me suis dit: J'adore, c'est vraiment le fun.

Janelle Poirier: C'est bien, non, c'est cool que vous appreniez ça parce que j'ai l'impression que, parfois, dans les programmes comme en français aux Etats-Unis, le focus, c'est plus sur la France. Pour moi, en tant que canadienne, je trouve ça cool que vous avez parlé du français acadien aussi.

Natalie Amgott: Ah oui, c'était amusant. On peut se tutoyer d’ailleurs? J'aurais dû te demander avant.

Janelle Poirier: Oui, en Acadie, le vouvoyage (souvent appelé le vouvoiement) se fait pas.

Natalie: Okay

Janelle Poirier: C’est même pas que c'est un concept, donc quand on sort de l'acadie, c'est toujours une surprise, moi souvent je tutoie par… tsé, naturellement, mais, j’ai dû apprendre à vouvoyer mes professeurs pour ça à l'université maintenant, mais, donc je suis correcte avec le tutoyage (souvent appelé le tutoiement).

Natalie Amgott: Ok cool, merci beaucoup, oui je sais que c'est beaucoup plus formel en France genre et en Europe en général, mais là aussi au Québec, c'est un peu moins formel, c'est là ou j'ai fait mes études, et également en Floride, mais oui. Donc de ce que j'ai entendu aussi, c'est encore moins formel dans le français acadien au niveau de tutoiement / vouvoiement. 

Je ne sais pas si tu as vu, mais maintenant au Québec, il y a comme une nouvelle loi de vouvoiement à l'école. Tu l’as vu?

Janelle Poirier: Non, je savais pas.

Natalie Amgott: Ça, je crois que ça a commencé en janvier. Il faut que les enfants disent vous aux profs, mais les profs sont contre, les enseignants parce que bon, c'est pour plusieurs raisons culturelles, et il faut dire, Madame, Monsieur, alors déjà, c'est très binaire, et il y a beaucoup de problèmes là-dessus.

Janelle Poirier: Ah intéressant. 

Natalie Amgott: Donc qu'est-ce qui t'a inspirée à créer du contenu sur le chiac, sur le français acadien? Tu as parlé de la pandémie, est-ce qu'il y avait autre chose qui t'a poussé à commencer?

Janelle Poirier: Oui et non. Comme juste en général. J'ai toujours été passionnée de la culture acadienne, comme de mes années à l'école secondaire. Donc je pense que juste comme moi qui comme nerd du sujet, puis tsé, j'ai comme continué, j'aime en parler, donc si je peux en parler à une caméra puis c’est publié, c’est plutôt ça que j’ai fait. Ce qui a inspiré ma première vidéo, c’est que j’en parlais. 

Au début, je postais juste comme tsé des random vidéos sur TikTok, des trends, pis je faisais des petites danses, etc.

Puis à un moment donné, j'ai fait comme un vidéo. Je ne sais même pas ce que je parlais de, mais je sais que je parlais chiac, parce que je sais pas. C’est comme ce qui sort naturellement de ma bouche. 

Pis là, j'avais eu un commentaire. Je sais pas exactement c'était quoi les mots, mais je sais que c'était quelqu'un qui disait: Je pense que je parlais pas français, puis je parlais mal. 

Puis moi là, en tant que linguiste ben là là, tsé ce que je veux dire là, comme que je voulais démontrer que ce n'est pas vrai. Donc j'ai fait comme un vidéo en réponse à ce commentaire-là.

Puis ce vidéo-là a eu un peu plus de views, puis j'ai continué comme un peu dans le, tsé, dans la niche linguistique, chiac, Acadie après, ça.

Mais aussi je pensais, c'était comme, je sais pas si c’était ça mon intention, mon but, mais comme, vues les réponses sur les milieux sociaux, je savais qu’à un moment donné, il y aurait quelqu’un qui dirait quelque chose de crush dans mes commentaires parce que c'est un peu ça, la réalité quand tu parles chiac. Il y a toujours des gens qui vont penser que c'est pas du français, etc. 

Donc on dirait que je l'attendais un peu pour que ça s’arrive pour comme me launcher dans cette direction-là, puis c'est exactement ça qui est arrivé, puis après ça, j'ai juste continué. Je partageais les choses que j'apprenais dans mes cours de linguistique à l'université qui m'intéressaient. Ou tsé, les choses que je savais pas puis je suis comme ah je suis sûre que les gens ne savent pas, mais comme c'est vraiment intéressant, donc c'est un peu pour ça. Plus, pas juste ça, mais aussi au niveau de juste comme des milieux sociaux.

Je vivais pas sur TikTok, où j’ai commencé. C'est beaucoup en anglais, puis c'est sûr qu'il y a du contenu en français, mais comme le contenu en français, c'est surtout des gens en France et/ou du Québec. 

Donc mon but, c'est un peu d'avoir, tsé comme si je parle chiac, automatiquement, les gens qui vivent en Acadie ou qui ont passé par l'Acadie vont se reconnaître dans la façon que je parle, qui comme crée un peu ce sentiment de communauté là mais aussi qui démontre que c'est correct de parler de la façon qu’on parle, tsé au lieu de juste avoir le modèle du Québec ou de la France sur les médias sociaux. Avoir la représentation des variations minoritaires, c'est vraiment important aussi.

Natalie Amgott: Oui, je suis tout à fait d'accord, et c'est vrai qu'on va trouver des trolls à chaque fois qu'on utilise une variété qui est minoritisée sur les réseaux, que ce soit en anglais, en français, une variété d'anglais, une variété de français, que les trolls vont sortir et dire: non, ce n'est pas le français correct, ce n'est pas l'anglais correct. 

J'aime dire que toutes les variétés sont valables et valides, de toutes les langues. Et oui, je crois qu'il y a plusieurs gens qui ne sont pas d'accord, mais ce sont pas des linguistes.

Janelle Poirier: C'est ça, exactement.

Natalie Amgott: Alors est-ce que tu pourrais nous parler un peu du chiac? Peux-tu le décrire un peu pour nos auditeurs? Qu’est-ce que c’est? Où est-ce que ça se parle? Tu en as parlé déjà un petit peu, mais pour ceux qui ne connaissent pas encore.

Janelle Poirier: Oui, donc le chiac, c'est une variété du français acadien, le Français acadien, c'est le français parlé au Canada, surtout dans les provinces de l'Atlantique, dont Nouveau Brunswick, l'île du Prince Edouard, puis la Nouvelle Ecosse, qui est toute à l'est du Canada. Puis le chiac, lui est parlé plus spécifiquement dans le sud est du Nouveau Brunswick.

Donc, il y a comme plein de régions, différentes villes, puis, même dans le chiac-même comme d'une ville à l'autre, il va y avoir des différences. Donc si quelqu'un vient de Bouctouche, ou vient de Shediac ou vient de Moncton, ça s'entend un peu, même si on parle tous le chiac.

Donc le chiac, c'est un mélange de beaucoup de choses. C'est un mélange d’une structure de grammaire française, certaines structures qui sont plus anciennes qui ont été préservées de quand les Acadiens ont immigré de la France en Acadie dans les années 1600. Il y a aussi des vieux mots français pour cette même raison-là, des vieux mots français qui ont été préservés en Acadie à cause de ces divisions-là entre la France, puis l'Acadie, la division qui est l'océan, sans les milieux sociaux etc. 

Mais en France, le français a évolué de sa propre façon. En Acadie, ça a évolué de sa propre façon, puis ces mots-là ont été préservés en Acadie, mais pas nécessairement en France. Il y a aussi des différents mots qui sont issus d'origine autochtone parce que les Acadiens historiquement, étaient quand même proches aux Autochtones de la région, ils travaillent ensemble. Donc il y a certains mots qui ont été empruntés de leur culture de leur langue. Finalement, il y a aussi beaucoup d'anglais, surtout dans le chiac plus moderne qu'on parle de nos jours. Donc souvent on va voir dans la même phrase, on va avoir des mots français, des mots anglais, des mots autochtones et/ou des mots de vieux français qui ne sont plus utilisés ailleurs. 

Souvent dans une tournure de phrases, on va peut-être, comme les mots anglais souvent vont être des verbes, mais comme les verbes, on va les conjuguer, même si c'est un mot en anglais, on va les conjuguer en français. Donc, comme driver.

Drivevenant de conduire, mais driver est comme la conjugaison française. 

Et un bunch d’autres verbes qui aussi juste de tels mots qu'on a tendance à dire plus en anglais qu'en français, mais c’est pas… il y a souvent des gens qui vont dire que c'est comme du franglais, mais ce n'est pas simplement du franglais, parce que… on…c'est pas juste, c'est pas random les mots qu'on dit en français, les mots qu'on dit en anglais. C'est vraiment, il y a une structure avec les mots qu'on va dire en français versus en anglais. Donc, ça fait que ce n'est pas simplement du franglais, mais c'est un peu plus complexe que ça.

Natalie Amgott: Oui, j'aime beaucoup ce que tu dis quand tu as fait une vidéo et je vais mettre le lien pour la vidéo pour ceux qui veulent voir où tu as répondu à la question “Le chiac c’est genre du franglais right?” Et j’ai beaucoup aimé le “right” qui est là-dedans.

Mais dans ta réponse, comme tu viens de faire, tu as parlé de la structure, et donc ce n'est pas comme tu disais: Ce n'est pas random. Il y a une structure de quel type de mots qu'on va utiliser et comment on va genre conjuguer ces mots, comme tu disais avec driver, je trouve ça très beau et je trouve que c'est… pour les Anglophones, ça le rend encore plus comme fascinant et charmant, parce qu'on va pouvoir identifier des mots quand on l'écoute. Comme Ah, ok, je peux comprendre un peu plus parfois. 

J’entends souvent le mot weird dans les choses que j'écoute dans le français acadien et à chaque fois ça me fait sourire, j'aime ça.

Janelle Poirier: Mon mari, lui est américain, donc il ne parle même pas français, mais comme si je suis avec ma famille, c'est vrai qu’on parle en français et il comprend pas. Mais des fois de temps en temps, on va dire une chose et c’est comme “Ah je sais ce que vous parlez de parce que vous l’avez dit en anglais!” Tsé, donc c’est vrai que ça donne du contexte. 

Natalie Amgott: Alors vous vous parlez en anglais?

Janelle Poirier: Oui, moi pis mon mari, oui.

Natalie Amgott: Ok, Ok, et dans ta vie quotidienne, à quel point alternes-tu entre le chiac, le français acadien, si tu différencies entre, et d'autres variétés de français ou d'anglais, ou d'autres langues que tu parles?

Janelle Poirier: Oui, donc ça dépend vraiment du contexte où je me retrouve. Comme j'ai mentionné avec mon mari, c'est sûr que c'est l'anglais parce qu'il parle pas français, donc c’est beau. On parle la langue commune.

Avec ma famille, c'est chiac, comme naturellement, c’est ça qu’on parle. Même tout de suite, comme je parle français, c’est sûr qu’il y a un petit peu de français acadien qui se trouve là-dedans. Mais comme j'essaie de soigner ma langue un peu plus, mais comme si je parlais, comme je parle tout de suite à mes parents, comme eux, ils trouveraient ça weird. Ils seraient comme “Pourquoi tu parles comme ça?” Parce que c'est pas la façon qu'on communique, qu'on se parle.

Même chose avec mes amis par chez moi, comme en Acadie, surtout en chiac. 

Ici en Floride… au travail parce que je travaille, okay je suis étudiante à l’université, mais j'enseigne aussi des cours de français à cette université-là aux undergrads, donc les élèves de bac.

Puis, dans ces cours-là, c'est sûr que je ne parle pas chiac et j'essaye, je soigne ma langue le plus possible pour les apprendre le français un peu plus international qu'ils peuvent utiliser un peu partout.

Puis, même chose dans mes cours à l'école comme en tant qu'étudiant, même chose, c'est un français plus international.

Donc vraiment comme dans ma vie en Floride, donc j'ai pas vraiment beaucoup d'occasions à parler chiac. C'est un peu pour ça aussi que je fais mes vidéos en chiac parce que ça me permet de pouvoir garder cette partie-là de mon identité, puis garder cette partie-là de ma vie.

Parce qu’autre que ça vraiment, c'est plus au téléphone, quand je parle aux gens par chez moi.

Puis même chose, je dirais même comme par chez moi, j'ai enseigné dans une école secondaire. Puis comme… même dans les écoles. Comme si tu te retrouves au sud-est du Nouveau Brunswick. Comme c'est sûr en tant qu'enseignant, on soigne notre langue un peu plus, mais comme l'accent acadien est vraiment préservé, comme il y a certaines prononciations qui sont différentes du français acadien comme en français plus standard.

Puis ça vraiment, c'est des choses comme qui sont plus préservées dans ce contexte-là que dans le contexte où je me retrouve tout de suite, c'est plus à l'international, que j'essaie de camouflager, on va dire, mais c'est ça. Donc ça ça dépend vraiment de contexte à contexte.

Natalie Amgott: oui, waouh, c'est cool, je suis vraiment impressionnée par le fait que tu fasses attention à maintenir ton français acadien, le chiac, parce que je sais que ça devrait être difficile en Floride. Je suis floridienne-là, je viens de l'est, de Melbourne, pas Melbourne en Australie, Melbourne, en Floride. Et je sais que là, il y a quelques français québécois que je connaissais quand j'étais jeune, mais c'étaient principalement des gens qui faisaient des vacances, des snowbirds-là. Est-ce que tu as rencontré d'autres gens qui parlent français acadien, d'autres locuteurs du français acadien, du chiac en Floride?

Janelle Poirier: Ah vraiment la seule personne que je pense à… Quand j'ai déménagé ici comme un an passé, j'ai fait un vidéo qui comme annonçait que j'avais déménagé en Floride.

Puis il y a une fille qui m'a envoyé un DM, elle a dit mon contenu Tik ToK est devenu trop local parce que c'est quelqu'un qui est originaire du Nouveau Brunswick, qui est acadienne, qui a déménagé en Floride avec sa famille, elle a à peu près mon âge je pense.

Puis c'est ça, donc elle vit en Floride, mais évidemment elle parle chiac aussi. Donc il y a elle, mais je n'ai jamais rencontré en personne, c'était plus juste une connexion en ligne. 

Autre que ça, j'ai pas vraiment rencontré personne qui parle ou qui est vraiment acadien, mais une fois de temps en temps, si qu’on…je sais pas, on va à des marchés, on fait des activités, moi puis mon mari, je vas comme entendre surtout plus des Français, des francophones québécois. 

Une fois, on avait été comme à un flea market, à je sais pas, à comme une heure d’où est-ce qu’on vit. Puis je sais pas, on marchait et il y avait un couple en arrière de nous autres, puis je les ai entendus parler, puis tout de suite, c'est comme juste linguistiquement, comme, que si tu entends quelqu'un parler ta première langue comme une oreille est comme tsé tuned in à ça. 

Donc on va l'entendre immédiatement, comme on va l'identifier plus rapidement que d'autres gens. Donc tout de suite, comme je me suis tourné la tête juste par instinct et j’étais comme oh vous parlez français?

Ils étaient comme oh oui oui.

J’étais comme ah c’est bien. Moi aussi.

Pis là on a juste continué. C'était comme une petite interaction très bref mais ça arrivait quelquefois aussi de l’entendre, mais autre que ça, pas vraiment. J’ai pas rencontré beaucoup beaucoup de francophones in the wild ici.

Natalie Amgott: Ouais, ouais, ok, bon, c'était juste par curiosité. Est-ce que tu peux nous parler un peu des mythes sur les Acadiens, par exemple, j'ai vu que tu as fait une vidéo sur l'idée que pendant le Grand Dérangement, les Acadiens ont tous été déportés en Louisiane. Est-ce que tu pourrais nous contextualiser un peu, de quoi il s'agit et pourquoi c'est un mythe?

Janelle Poirier: Donc, souvent, surtout comme dans les États-Unis, les gens qui connaissent les Acadiens, puisqu'il y a beaucoup de gens qui savent même pas qu'on existe, ou qu'est ce que ça veut dire. 

Donc si que je mentionne que je suis acadienne, ils vont faire le lien ou même moi, je vais faire le lien avec les Acadiens en Louisiane, donc les Cadiens, les Cajuns.

Parce que les Cadiens en Louisiane sont des Acadiens qui ont immigré en Louisiane. Mais souvent, quand qu’on parle des Cadiens en Louisiane pour une raison quelconque, on va dire qu'ils ont été déportés. 

Parce que les Acadiens ont été déportés. C'est vrai, mais il n'y a pas un bateau qui s'est rendu en Louisiane, donc pour dire qu'ils ont été déportés en Louisiane, c'est faux, ça donne une fausse impression. Parce que le trajet a été quand même plus difficile que ça, ils ont été portés dans les 13 colonies et ensuite ont voulu littéralement marcher jusqu'en Louisiane.

Donc, c'est un mythe qui est quand même vraiment répandu, comme même il y a plusieurs Acadiens qui réalisent même pas que tsé les Acadiens en Louisiane ont pas été déportées là. 

Même moi, à un moment donné, je croyais à ce mythe-là. C'est pour ça que ça m'a touché parce que quand que j'ai appris ça, j'étais comme No way, comme tsé, personne m'a jamais dit que c'était pas vrai.

C'est juste important pour comme souligner un peu l'histoire des Acadiens, puis vraiment comprendre c'est quoi les défis. Puis pas juste les défis, mais aussi leur résilience qui ont pu, comme tsé vivent à travers ces épreuves-là, se faire déportés. Il y a beaucoup de gens qui est morts, marcher en Louisiane. Tsé, pis c’est pas tout le monde qui a accepté qu’ils ont été déportés. Ça démontre juste un peu comme vraiment les épreuves que les Acadiens ont dû faire face.

Mais ça aussi souligne un peu à quel point que cette résilience-là est impressionnante que comme, c'est quoi 250 années plus tard que le français est encore parlé en Louisiane. Tsé c'est sûr que ça a été en déclin pour une période, mais quand même on le parle encore, puis même en Acadie du Nouveau Brunswick, comme on le parle encore.

Donc ça souligne un peu cette histoire-là que c'était oui, ces épreuves.

Natalie Amgott: Je trouve ça vraiment impressionnant parce que je crois que ça aurait pu être facile de dire Ok, on doit devoir nous assimiler à cette autre culture anglophone, et parce qu'on a vécu toutes ces épreuves.

Et c'est vraiment impressionnant qu'en Louisiane, et en Nouvelle Écosse au Nouveau Brunswick, on a pu maintenir, vous avez pu maintenir la langue et aussi la culture acadienne, et cadienne/cajun là. Que je sais que c'est différent, mais c'est, on pourrait dire peut-être comme l’enfant, d'un enfant du français acadien, si ça marche linguistiquement, mélangé, avec plein d'autres variétés de ce que je comprends.

Et ce qui m'impressionne aussi, c'est que quand j'ai vu cette vidéo de toi où tu disais: Ok, ce n'est pas vrai. Ils ont pas été déportés en Louisiane. J'ai dit OH Je savais même pas parce que j'avais appris que c'était le cas. Et il y a même des ressources pédagogiques que j'ai utilisées que je vais plus utiliser que j’avais trouvé en ligne où il y a une carte et ça démontre avec des flèches la déportation et jusqu'en Louisiane, mais comme quand tu l'as expliqué, Ok, c'était pas comme ça, ils ne sont pas arrivés le lendemain là-bas, c'était à travers, peut-être même des années qu'ils y sont arrivés.

Janelle: Oui et comme sur le même sujet aussi, comme on parlait des mythes, puis ça a rapport aussi avec comme ce mythe-là de la déportation vers la Louisiane. C'est comme aussi même la question de l'assimilation. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de gens qui pensent que, vu que le chiac, c'est comme du français, mais aussi de l'anglais, donc c'est, c'est une étape vers l'assimilation vers l'anglais, mais c'est comme la réalité est qu'une langue se fait pas assimiler parce qu'il y a des contacts avec une autre langue. Une langue se fait assimiler quand on arrête de la parler. Puis le lien avec la déportation vers la Louisiane est qu'en Louisiane il y avait une période où ce que je pense, parlaient français, c'était comme illégal, comme tu ne pouvais pas parler en français à l'école, en famille, c’était bani là. Comme on pouvait vraiment pas faire ça. 

Puis, pendant cette période-là, il y a beaucoup de personnes qui étaient francophones à l'époque qui se sont assimilés, c'est sûr que c'était pas tout le monde, mais il y a beaucoup de gens qui l’ont fait. Pourquoi? Parce qu'on ne parlait plus le français, on n'avait pas le droit. 

C'est sûr qu'il y a eu beaucoup de mouvements pour garder la langue en vie, depuis donc ça donne une nouvelle vie au français, ce qui est excellent. Mais en Acadie au Nouveau Brunswick, ce n'est pas nécessairement la même situation, donc nous, c'est plus parce qu'il y a beaucoup de…Il y a juste beaucoup de contacts entre l'anglais, puis le français, donc tsé naturellement tsé ça devient un mesh des deux.

Mais avec ça, c'est les personnes qui sont assimilées, même quand je pense en Acadie, les personnes que je connaissais qui se sont fait assimiler vers l'anglais, c’est pas les gens qui parlent chiac, c'est des gens que pour une raison quelconque, ils ont arrêté de parler le français et le chiac juste en général.

Peut être parce qu'ils ont déménagé ailleurs, puis ils ont raté de l'utiliser. Peut-être parce que je sais pas, ils ont eu un emploi, c'était vraiment en anglais peut-être, ils étaient mariés à quelqu'un qui parlait en anglais, puis toute leur vie, tout d'un coup était en anglais, puis ils ont pas fait l'effort de préserver leur français. Donc là, ils se sont en fait assimilés.

Mais quand qu’on parle de chiac, on se fait pas nécessairement assimiler, c'est pas, c'est ça aussi, c'est un grand mythe qui existe avec le français  acadien.

Natalie Amgott: J'adore que tu parles de ça parce que je crois que ça se dit souvent sur les variétés canadiennes du français que “vous utilisez des mots en anglais, vous allez plus parler français d'ici 10 ans, ça va être totalement anglais,”

Mais puis si on regarde le français disons “standard” (un mot que j'aime pas), mais le français, le français de Paris, disons. Tous les cinq mots, on sort un footing, un pressing et des mots que même moi, je ne comprends pas en tant qu'Anglophone, parce qu'on les utilise pas comme ça en anglais, mais, eux aussi ils utilisent l'anglais. Alors ce n'est pas un bon argument de dire…et nous aussi en anglais, on a des mots en français qu'on utilise comme déjà-vu oui, des choses comme ça. Ou donc on prend le mot, mais on l'adapte et ça a un sens, une prononciation un peu différent. Et c'est la même chose qui arrive avec le français de France et le français acadien. Donc, je crois que c'est important de regarder disons le “standard” ou la variété qui est la plus valorisée par la société et de voir Ok, là aussi ça arrive, on utilise l'anglais, quelques mots en anglais et ça ne veut pas dire que le français va disparaître.

Janelle Poirier: Oui, c'est ça, puis vraiment, c'est quelque chose, j'ai l'impression que ce mythe là même est plus une menace à l'assimilation que juste le chiac même ou se faire des emprunts vers l'anglais ou vers tsé une autre langue. Parce que le mythe-même si quelqu'un dit oh ben, la façon que tu parles, tu vas te faire assimiler, il y a beaucoup de gens qui vont juste comme, tsé ils vont abandonner, ils vont arrêter d'essayer, puis c'est là que l'assimilation a vraiment eu lieu parce qu'ils sont tellement découragés que si, ils abandonnent.

Versus, juste continuer à parler la façon qu’ils parlent, parler chiac, puis ils vont préserver tsé ce côté francophone-là de la personne. Puis comme souvent moi, ce que j'aime dire, c'est que le chiac, c'est pas, c'est pas ça qui nous sépare de la langue française, mais c'est ça qui nous attache à la langue française. 

So avoir ce mindset shift-là, surtout sur la jeune génération, parce que chez beaucoup de jeunes, c'est souvent ça qu'on pense. Le chiac, c'est ce qui nous sépare de la langue française. La langue française, c'est quelque chose, c'est à  part que le chiac, parce que c’est ce qu’on se fait dire parce qu'il y a l'anglais là-dedans.

Donc, moi, j'aime bien que c'est ça qui nous attache à la langue française plutôt que de voir comme un élément de séparation.

Natalie Amgott: J’adore cette mentalité. Pour terminer aujourd'hui, j'ai eu cette question d'une de mes étudiantes, Kathleen. Parce qu'on a un gros intérêt, mes membres de l'Académie, c'est notre abonnement pour les membres plus avancés. Il y a un intérêt pour le français acadien. Il y a même une membre dont la famille est acadienne et elle parle français à la maison en famille.

Alors oui, donc la question c’était: est-ce que tu as des écrivains acadiens contemporains à nous recommander? Ou Je vais ajouter: est-ce que tu as d'autres artistes, genre chanteurs, à nous recommander?

Janelle Poirier: Oui, donc, au niveau des écrivains. Ça dépend parce qu’il y a le français acadien et aussi le côté plus chiac. Moi comme je suis du Nouveau Brunswick, je connais le côté plus chiac. Il y a toujours Antonine Maillet qui est comme iconic en Acadie.

Elle a gagné, je ne sais pas combien de prix en France, un peu partout dans le monde, donc artiste contemporain, elle est décédée il y a quelques années. 

Mais quand même il y a beaucoup d’écriture vraiment bien de sa part. Il y a des pièces de théâtre. Dans ses pièces de théâtre, elle utilise souvent même comme le chiac même.

Donc si qu’on veut apprendre plus sur le côté chic, ça ça peut être une ressource. Elle a aussi d'autres écrits aussi qui peuvent être intéressants. 

Autre que ça, il y a aussi France Daigle que je pense à. France Daigle, elle aussi écrit dans ses romans, souvent dans ses dialogues, un de ces personnages, ils vont utiliser un peu de chiac. Elle disait que c'est juste parce que quand que ces personnages parlaient, elle dirait que c’est juste ça qui sortait.

Donc ça aussi, ça pourrait être une écrivaine excellente.

Autre que ça, musique. Quand ça vient en français acadien, j'ai l'impression que, comme il y a tellement beaucoup de la culture acadienne qui se retrouve dans la musique. Donc la musique ça pourrait vraiment être un outil excellent, aussi. Ouf là il y en a beaucoup là, mais 1755, c'est comme un classique, il y a les Hay Babies qui sont un peu plus modernes. Moi, je les adore.

Qui d’autre? On a…il y a Josiane Comeau a gagné la voix au Québec il y a quelques années. Je pense qu'elle vient juste de sortir un nouvel album. On a ce côté-là plus chiac-bilingue qui se trouve là-dedans.

Mais il y en a beaucoup beaucoup d’autres aussi qui existent. Comme sur les milieux sociaux aussi, il y a comme beaucoup de personnes qui font du contenu en chiac ou juste du contenu en français acadien. 

Natalie Amgott: C'est super utile, non, on va les mettre tous dans les notes, tes recommandations, et comme ça, les auditeurs pourraient trouver et suivre une nouvelle musique un nouveau chanteur ou trouver quand même quelque chose à lire en français. Je trouve que ce qui est chouette depuis 30 ans 40 ans, c'est que les écrivains francophones commencent à écrire parfois dans la varieté qu'ils utilisent, par exemple, j'aime beaucoup Kev Lambert, qui écrit dans le français québécois. Il y a souvent plusieurs dialogues qui se font dans le français de Saguenay, ce que j’adore.

Donc, c'est ça qui pourrait être très utile aussi, je m'adresse à l'auditeur. Si tu écoutes et tu veux voyager dans une région acadienne ou chiac, ça pourrait nous aider tous à apprendre et à avoir nos repères.

Merci beaucoup Janelle d'être ici aujourd'hui et pour tout ce que tu nous as enseigné sur le français acadien et le chiac.

Janelle Poirier: Ça me fait plaisir. Merci beaucoup pour avoir avoir pensé à moi, pour m’avoir sur le podcast. 







What a fascinating conversation with Janelle, hein!?

I want to thank Janelle for sharing her knowledge and for being such a thoughtful advocate for Acadian French and Chiac. One of the things I appreciated most about this conversation is how it reminds us that French isn't a single, uniform language. It's made up of many different communities, histories, and ways of speaking. And as I always say: All varieties of French are real, valid, and valuable. Being exposed to them as a French learner helps you understand more of the rich history of the French language. 

If some parts of the interview felt challenging to understand, that's actually a good thing. Exposure to different accents and varieties is one of the best ways to become a stronger listener.

I encourage you to listen to this episode again, paying special attention to the common misconceptions that Janelle discussed. And don't forget to follow along with the transcript where you might learn some new vocabulary and you can find highlighted some of the examples of chiac that Janelle described. 

You'll find links to Janelle's social media accounts, as well as all of the books, musicians, and other recommendations she mentioned, in the show notes.

As always, it’s an honour to be your French teacher! Bonne continuation et à la prochaine.

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