Listen to episode 104

⋆

Listen to episode 104 ⋆

Episode 104 Transcript


Have you ever listened to a conversation between native French speakers and you felt like: “Okay I understand all of the words individually but somehow that doesn’t translate to understanding what’s going on in this conversation.”

Well, part of that might have something to do with little words called discourse markers (les marqueurs discursifs). These are those little words and expressions like bon, alors, du coup, and ça fait que that we hear all the time in spoken French. Some of them get way more talked about in French learner materials than others. Today, I'm joined by a very special guest who’s going to tell us a little bit more about these words. 

Dr. Hélène Blondeau is a professor of French and Francophone Studies and Linguistics at the University of Florida. Dr. Blondeau has an amazing publication record and has always been my academic role model. She has published in journals like Language, Language Variation and Change, the Journal of Sociolinguistics and the Revue Québecoise de Linguistique, just to name a few. 

With over 2,400 citations, you can be sure that she is an expert on sociolinguistics. What’s she’s going to share with us today (and I think you’re going to love the way that she speaks and explains this topic with so much clarity because she’s used to working with French learners like you). 

Dr. Blondeau was actually my French advisor during both my undergraduate and master's degrees at UF, so it's especially exciting for me to have her on the podcast! Back in my UF days, I worked in her sociolinguistics lab transcribing Québec French interviews. I can still remember walking into her office one day to say “Dr. Blondeau, j’entends constamment ce petit mot dans les entretiens. FAK? FAQUE? C’est quoi?” 

Faque…that’s exactly the type of little word we’re going to talk about today. We sat down to talk about sociolinguistics and what it can teach us about how French is actually spoken. We also talked about why recognizing these little expressions like faque, alors, donc, du coup can make such a difference for French learners.

Our conversation is entirely in French, so get ready to practice your listening comprehension. But I think you’ll find that she speaks very clearly and she explains her points a couple of times. So if you’re listening and you don’t understand right away, keep listening because she gives a lot of examples to describe what she means.

Don’t hesitate to use the slow down gear wherever you’re listening. It’s in the tool bar on Spotify and Apple Podcasts or sometimes in the settings and that lets you slow down the audio. You can also use the transcription of the episode to observe all discourse markers that we use throughout the conversation.

Alors, c’est parti pour la conversation!


Natalie Amgott: Bonjour Dr. Blondeau.

Hélène Blondeau: Comment ça va?

Natalie Amgott: Bien, super bien et vous?

Hélène Blondeau: Oui, ça va bien. 

Natalie Amgott: Donc pour commencer, pour les personnes qui ne connaissent pas ce domaine est-ce que vous pourriez nous parler de la sociolinguistique? Qu'est-ce que c'est la sociolinguistique?

Hélène Blondeau: Oui, avec plaisir. Alors je pourrais dire que de manière générale, la sociolinguistique, ça correspond à l'étude de la relation entre la langue et la société. Les sociolinguistes s'intéressent, entre autres, à la variation linguistique dans les communautés linguistiques. C'est-à-dire, les endroits où l'on parle une langue.

Autrement dit, on peut se poser la question: pourquoi les gens qui appartiennent à une communauté linguistique partagent les mêmes normes de manière générale, mais ne parlent pas nécessairement tous de la même façon. A titre d'exemple, vous ne parlez pas exactement de la même façon que vos grands-parents, les auditeurs et les auditrices vont également avoir le même sentiment.

La variation linguistique que les sociolinguistes étudient, elle peut varier selon différents facteurs: ça peut être une variation selon l'âge. Donc l'exemple que je donnais entre les jeunes et leurs grands parents est une variation selon le milieu social, une variation selon le quartier où l'on habite selon le genre, etc. Donc voilà, différents facteurs qu'on peut examiner quand on étudie la sociolinguistique.

Natalie Amgott: Super merci, j'aime beaucoup cet exemple de penser à nos grands-parents et comment on parle différemment de nos parents, même ou de nos grands-parents. Et justement, pourquoi est-ce que la variation linguistique est importante, selon vous, surtout pour les apprenants, pour les personnes qui apprennent le français?

Hélène Blondeau: Alors je dirais que plus on avance dans des études de français langue seconde, plus on est amené à rencontrer du français authentique. Quand on commence en première année souvent, bon, on apprend à travers des manuels, certains apprennent même à travers des applications comme Duolingo ou d'autres types d'applications.

Et quand on avance dans nos études de français, on est amené de plus en plus à rencontrer du français qu'on va considérer authentique. Parfois parler des gens qu'on écoute ou qu'on rencontre ne reflète pas nécessairement ce que l'on apprend dans nos cours de français, parce que les gens utilisent dans leur français de tous les jours tout un ensemble de formes.

On sait très bien que les gens ne parlent pas comme des livres. Quand j'ai amené certains étudiants, il y a quelques années, en France et ils vivaient dans des familles d'accueil, très souvent il y a des parents d'accueil qui disaient aux étudiants: Ah! Mais tu parles un peu comme un livre.

Donc je pense que s'intéresser à la variation linguistique, ça peut être important pour les apprenants de français. Je dirais que ce qui est important pour les apprenants quand ils étudient la variation, c'est surtout qu'elle leur permet de mieux reconnaître les différentes formes et de ne pas être trop déstabilisé lorsqu'il rencontre des francophones en situation informelle ou encore lorsqu'ils écoutent des dialogues de films ou lorsqu'ils écoutent des balados ou des podcasts, ça va leur permettre de reconnaître des formes sans nécessairement qu'ils aient à les employer ou à les utiliser eux-mêmes.

Natalie Amgott: Oui le fait de devoir reconnaître ce qu'on entend, même si on ne va pas utiliser les mêmes formes, je crois que ça, c'est le plus important.

Hélène Blondeau: Je suis d'accord.

Natalie Amgott: Bon et je sais que vous vous intéressez depuis longtemps aux marqueurs discursifs. Qu'est-ce que c'est exactement? Est-ce que vous pourriez nous donner quelques exemples?

Hélène Blondeau: Oui, les marqueurs discursifs, bon, de manière générale, on pourrait dire que ce sont des mots ou des petites expressions qui servent à organiser notre discours, qui servent à organiser le flot de la parole et qui servent parfois aussi à organiser notre pensée.

Hélène Blondeau: Donc on a parfois qualifié les marqueurs discursifs comme une forme de ponctuation. Donc on a parfois qualifié les marqueurs discursifs comme une forme de ponctuation de l'oral un peu comme des virgules ou des points ou des points d'interrogation. Donc vous me demandiez quelques exemples. 

On peut prendre quelques exemples en anglais, par exemple, les formes well, you know, ou encore like sont de bons exemples que les locuteurs de l'anglais utilisent régulièrement. En français, nous avons des formes équivalentes, par exemple: bon, tu sais qui correspond à you know ou vous avez encore des formes qui correspondent à like comme genre ou comme.

Ces marqueurs, ils peuvent remplir différentes fonctions, par exemple, on peut utiliser le marqueur well ou le marqueur bon pour introduire une réponse à une question. On peut aussi utiliser des marqueurs pour donner le tour de parole à un autre interlocuteur dans une conversation, ou encore, on peut utiliser un marqueur discursif pour introduire un exemple.

Les marqueurs discursifs, on pourrait dire qu'ils sont en général peu présents à l'écrit, mais très utiles à l'oral. Donc c'est vraiment une forme qui sert beaucoup à organiser l'oral.

Natalie Amgott: Oui, et vous venez de nous donner quelques exemples et leurs fonctions. Pourquoi est-ce qu'on les utilise autant à l'oral et pas à l'écrit?

Hélène Blondeau: En fait, on peut en trouver certains à l'écrit. Par exemple, si vous lisez des romans, si vous regardez en particulier les dialogues dans les romans, vous allez retrouver certains marqueurs qui vont justement servir à montrer qu'on est dans l'oral. Il y a des formes de marqueurs qui sont plus soignées, comme par exemple n'est-ce pas, et des formes qui sont peut-être plus informelles, comme..je ne sais pas, tu sais ou genre ou comme.

À l'oral, on a… comme en ce moment je parle, donc j'organise ma pensée. Je communique des informations et j'ai parfois un peu besoin d'avantage de temps pour penser à un exemple. Donc je peux introduire certains marqueurs discursifs. C'est vraiment un outil, quelque chose qui est très utile et qui nous sert constamment lorsqu'on parle le français. 

À l'écrit, bien sûr, l'écrit est beaucoup plus travaillé. Quand on pose le crayon sur le papier ou quand on tape à l'ordinateur, on a davantage de temps pour traiter l'information alors qu'à l'oral, tout se fait en continu.

Natalie Amgott: Oui, je crois que c'est une très bonne distinction et parfois aussi les apprenants me disent: Non, mais pourquoi est-ce que c'est plus facile d'écrire et de lire en français, que de parler ou d'écouter ou de participer à une conversation?

Justement, ce manque de temps qu'on a quand il s'agit de quelque chose en direct, que ce soit une conversation qu'on écoute comme un balado ou quelque chose à la radio où on ne peut pas réécouter, alors on n'a pas le temps, et là ça a du sens qu'on utilise des marqueurs discursifs dans ce contexte.

Vous venez de parler un peu de n'est-ce pas comme marqueur un peu plus soigné. On entend parfois dire que certains marqueurs discursifs sont moins soignés ou moins éduqués ou plus soignés. Pourquoi est-ce qu'ils ont parfois cette réputation?

Hélène Blondeau: Je dirais que quand on regarde les marqueurs discursifs, et tout à l'heure on va voir des exemples avec mon étude sur les marqueurs de conséquences, il existe toute une gamme de formes, tout un répertoire de formes qu'on peut employer, et c'est vrai que certaines formes font l'objet d'une stigmatisation ou sont décriées par certains.

Souvent on a noté que c'est en raison de leur fréquence dans le discours. Par exemple, on sait que quand la forme like s'est développée comme marqueur de discours en anglais, à ses débuts, c'était souvent décrié ou stigmatisé. Et les gens me disaient: Les gens mettent des like à tous les 3-4 mots. 

On a les mêmes stéréotypes qui sont associés, par exemple en France, à la forme du coup où les gens vont utiliser la forme du coup pour marquer la conséquence, ou encore en français québécois, les formes ça fait que pour marquer la conséquence en français québécois.

Donc je pense que certains usages peuvent être associés à certains groupes sociaux qui sont peut-être moins hauts dans l'échelle sociale, mais il y a aussi la question de la fréquence qui fait que parfois on a tendance à considérer ça comme des tics de langage. Dans les faits, par contre, ce qu'on voit, c'est que les marqueurs discursifs sont utiles pour organiser l'oral, et on voit aussi qu'il y a des marqueurs discursifs qui ne sont pas notés ou stigmatisés. 

Bon, j'ai donné l'exemple de n'est-ce pas qui est quand même considéré comme une forme formelle. On a d'autres exemples de ce type là qui ne porte pas nécessairement de stigmatisation. Par exemple, le well en anglais ou le bon en français, c'est beaucoup moins stigmatisé que d'autres formes.

Natalie Amgott: Merci, merci de clarifier. J'ai apprécié que vous ayez parlé du fait que ce n'est pas un tic de langage d'utiliser les marqueurs discursifs. Parce que je crois que c'est souvent quelque chose qu'on nous dit dans nos cours, même dans nos cours dans la langue maternelle, qu'il faut éviter les mots comme like, qu'il faut éviter le genre, le ça fait que. 

Alors ça, nous amène à ça fait que, et l'une de vos études porte justement sur ce marqueur, qui peut remplacer alors dans le français montréalais. Qu'est-ce que cette étude vous a permis de découvrir?

Hélène Blondeau: Ben. En fait, cette étude-là, c'est une étude que j'ai menée en collaboration avec deux autres collègues qui travaillent sur des variétés de français au Canada. Donc, il y a ma collègue Mireille Tremblay, qui est professeure à l'université de Montréal et mon collègue Raymond Mougeon, qui est professeur émérite de l'université York à Toronto.

Et avec eux, nous avons mené une enquête sur l'usage des marqueurs de conséquences en français spontané et on s'est intéressé en particulier à l'évolution de cet usage sur une période qui porte sur environ un demi-siècle. Donc à partir du milieu des années.. de la fin du XXe siècle jusqu'aux années 2012. Donc, des données plus récentes.

Pour vous donner un exemple de ce de ce marqueur discursif en anglais, vous avez l'emploi de la forme so qui sert à marquer la conséquence. Donc en français pour donner l'équivalent de so, nous avons toute une série de formes équivalentes. Donc on a la forme alors, la forme donc, la forme ça fait que qui est parfois réduite à faque ou fèque dépendant de la prononciation. Donc ce sont trois formes qui sont largement employées au Québec.

Donc, pour vous donner un exemple plus précis, on peut donc dire de manière équivalente:

  • Je suis malade, donc je vais m'absenter.

  • Je suis malade, alors je vais m'absenter.

  • Je suis malade, fait que je vais m'absenter.

Donc ici on a trois petites phrases qui veulent dire exactement la même chose, mais pour lesquelles le marqueur de conséquences est différent, donc dans les exemples que je vous ai donnés. On a donc, on a alors et on a fait que qui est une réduction de ça fait que.

Dans d'autres communautés linguistiques, on a également d'autres formes qui sont possibles. Je l'ai mentionné tout à l'heure. En France, il y a la forme du coup qui est très populaire mais qui est absente de nos données à Montréal et on a aussi dans certaines variétés de français canadien qui sont davantage en contact avec l'anglais, comme le français parlé en Ontario, on a la forme so qui est empruntée de l'anglais, mais qui est utilisée par des Franco Ontariens dans leur parler spontané. Donc ça ça vous donne une idée des formes qui sont qui sont disponibles.

Pour notre étude sur Montréal, on s'est concentré vraiment sur les trois formes principales: alors, donc et ça fait que, qui peut être réduit à faque ou fèque. Et on a comparé le français parlé dans les années 1970, puisqu'on avait un grand corpus de données disponibles auprès de..qui compte des entretiens sociolinguistiques recueilli auprès de 120 personnes 120 Montréalais et Montréalaises.

On a comparé ces données-là avec des données de 2012 qu'on a recueillies encore une fois auprès de Montréalais et Montréalaises. Donc ça nous donne, en fait, un ensemble de données qui permet d'examiner l'évolution des marqueurs de conséquences à partir de la fin du siècle dernier jusqu'à aujourd'hui.

Donc, dans notre étude, ce qu'on a découvert donc pour cela, je réponds à votre question plus précisément, on a découvert que les formes alors et donc, qui sont généralement associées à la langue standard, étaient associés au locuteurs du haut de l'échelle sociale, alors que la forme ça fait que, qui peut être réduite à fèque ou faque, était traditionnellement associée au milieu populaire.

Donc ça, c'est un de nos résultats importants. On a également vu, au niveau de la question de l'évolution, on a découvert d'une part qu'il y avait une montée importante de ça fait que dans la communauté linguistique au fil du temps. Donc, entre les années 70 et les années 2012, on a vu une augmentation très importante de la forme ça fait que.

Et d'autre part, nous avons constaté une compétition entre les formes alors, et donc, qui sont les deux formes qui sont davantage utilisées par les milieux favorisés. Donc une compétition entre les deux et un certain déclin de alors dans les données plus récentes. Donc ces changements-là, ils sont portés par une interrelation de facteurs sociaux qui impliquent l'origine sociale des locuteurs, leur âge et leur genre.

Donc, grosso modo, c'est ce qu'on a découvert. Donc les associations entre les formes et les différents facteurs sociaux et aussi un changement à travers le temps en faveur du développement de ça fait que comme marqueur principal.

Natalie Amgott: Merci beaucoup. Je sais à quel point c'est difficile de donner un résumé de tout ce qu'on a fait pendant une étude qui a pris des années. Vous avez super bien donné un petit résumé de tout ça avec le contexte aussi vous avez justement parlé du milieu populaire. Pour nos auditeurs et nos auditrices, est ce que vous pourriez nous parler un peu plus du milieu populaire, de ce que c'est?

Hélène Blondeau: Oui, dans notre étude, ce qu'on a fait comme on a une centaine de locuteurs, par exemple, dans les années 70, on avait assez d'informations sur leur origine sociale, sur leur niveau d'éducation, sur leur catégorie socioprofessionnelle, donc on a pu classer les locuteurs au début, on les avait classés en six catégories, et pour notre étude, on a trouvé plus utile de les classer en trois catégories.

Donc, par exemple, les gens qui sont associés, disons aux classes favorisées: ce sont des gens qui ont des postes importants qui peuvent être médecins, avocats, professeurs, chefs d'entreprise. On a un groupe intermédiaire qui est constitué souvent de gens qui appartiennent à des professions qu'on associe aux cols blancs, donc des professions dans les services, etc.

Et on a ce que j'ai appelé ici milieu populaire, ce sont les gens qui viennent plutôt de milieux modestes qui ont des emplois, parfois ce sont des emplois plus précaires, où ça peut être des emplois de cols bleus. Donc, des emplois d'ouvriers ou de gens qui travaillent dans d'autres secteurs. Donc c'est comme ça qu'on a classé les locuteurs au niveau de l'origine sociale.

Natalie Amgott: Merci beaucoup d'expliquer. Puis au niveau de ça fait que, ce qui m'a particulièrement fasciné dans cette étude, c'était que ce changement en faveur de ça fait que semblait être porté surtout par des femmes dans l'étude. C'était les femmes qui ont apporté ce changement. Pourquoi observe-t-on souvent ce phénomène dans les changements linguistiques que c’est mené par les femmes et comment cette étude-ci a été différente un peu ?

Hélène Blondeau: Oui, bien, dans le cas de la montée de ça fait que, comme vous l'avez dit, on a constaté que ce sont les jeunes femmes qui ont initié et porté ce changement. Donc ces formes-là étaient présentes dans la communauté linguistique. Elles étaient associées au milieu populaire. 

Mais on a vu qu'entre les années 1970 et 2012, les jeunes femmes ont joué un rôle pour faire avancer cette forme-là. En creusant davantage, nous avons également découvert que les femmes avaient adopté la forme vernaculaire de ça fait que. Mais sa forme qui correspond à votre usage, Natalie, la forme fèque, et non pas la forme faque, qui est une forme qui est associée à des usages anciens. 

Donc c'est comme si la distinction dans la qualité de la voyelle entre fèque et faque, semble avoir aussi joué un rôle dans l'adoption du changement. Donc les jeunes femmes, elles ont non seulement adopté la forme, ça fait que, mais elles l'ont adoptée avec la forme réduite fèque plutôt que la forme réduite faque, qui était associée traditionnellement au milieu populaire.

Donc, pour élargir, pour répondre à votre question sur le rôle des femmes dans les changements linguistiques, ce n'est pas la première fois qu'on voit certains changements linguistiques attribués aux femmes. En sociolinguistique générale, on a noté que les femmes jouaient souvent un rôle important dans l'adoption et dans la transmission des changements linguistiques.

Et si on essaie de comprendre pourquoi, en fait, il faut souvent aller un peu plus loin et regarder l'ensemble des considérations sociales qui joue un rôle dans la communauté linguistique parce qu'ici bon, dans le cas dans le cas qui nous occupe, on dit que ce sont les femmes, mais ce sont les femmes des milieux intermédiaires qui ont poussé cette forme là. Donc il faut souvent travailler en examinant non pas un facteur à la fois, mais toute une gamme de facteurs pour bien comprendre les changements.

Parfois on a des changements qui sont menés par des hommes. Donc ce n'est pas une question, comment dire, ce n'est pas toujours le cas que ce sont les femmes qui mènent les changements linguistiques. Il faut vraiment se pencher sur la communauté linguistique qu'on étudie et regarder les forces sociales en présence et voir dans une situation donnée, qu'est-ce qui se passe, pourquoi les femmes font avancer ce changement-ci, et non pas cet autre changement?

Natalie Amgott: Effectivement en parlant des hommes, dans cette même étude, vous avez montré que donc gagne du terrain, surtout chez les hommes. Comment expliquez-vous les deux marqueurs discursifs? Ça fait que et donc, comment est ce qu'elles peuvent évoluer en même temps, mais de façon différente?

Hélène Blondeau: Oui, ben on pourrait utiliser peut-être la métaphore de jongler, donc ici on a plusieurs formes, donc ce n'est pas binaire. Ce n'est pas, par exemple, si on pense à la négation en français entre par exemple, ne pas: je ne mange pas et je mange pas, c'est une forme de variation qui est binaire, on choisit une ou l'autre.

Dans ce cas-ci, on a de multiples variantes, donc on peut jongler avec ces variantes, et c'est ce qui se passe dans cette étude-là en particulier puisqu'on a des données qui proviennent de deux périodes. Donc on peut vraiment voir comment les gens emploient leur répertoire linguistique et s'en servent à des fins sociales. Donc, pour ce qui est des femmes, on a vu la poussée de ça fait que, qui est lancée avec le changement dans la qualité de la voyelle. Pour ce qui est de donc et alors, ce qu'on sait, c'est que généralement ce sont des formes qui sont associées aux classes sociales favorisées. Ce sont des formes qu'on retrouve à l'écrit aussi, alors et donc, ce n'est jamais corrigé à l'écrit, alors que ça fait que pourrait peut-être être corrigé.

Donc, dans la communauté linguistique, si on veut marquer la formalité, on peut utiliser alors ou donc. Ce qu'on a vu pour Montréal, c'est que dans les années 70 alors était la forme privilégiée pour marquer la conséquence de manière un peu plus formelle et à travers le temps, ce qu'on voit, on a vu que alors est comme déclassé et devient un vestige, une forme un peu traditionnelle ou ancienne, alors que donc chez certains groupes privilégiés dans la communauté linguistique donc va avancer davantage. On a vu ça en particulier chez certains hommes des classes favorisées. 

Par exemple, on avait un médecin, on avait un prof d'université qui, eux au cours même de leur vie, parce que ça, ce sont des gens qu'on a interviewés deux fois, ils ont changé leur usage entre alors et donc au fil du temps. Cependant, je pense que c'est important de revenir sur ça fait que. La montée générale de ça fait que celle qui est poussée par les femmes, elle a été tellement forte qu'elle a tendance à devenir la forme par défaut en 2012 dans l'ensemble de la communauté linguistique. 

Donc sert toujours à marquer la langue formelle, mais ça fait que, avec sa forme réduite fèque devient de plus en plus la forme par défaut dans la communauté.

Natalie Amgott: Super oui, merci d'avoir expliqué, c'est sûr que chaque fois que je vais à Montréal, j'entends fèque partout dans les rues juste en me promenant ou quand je suis dans le métro, dans le bus, au marché…c'est la forme qui ressort le plus souvent dans les conversations qui ne sont pas scientifiquement enregistrées, mais que j'aime écouter avec une petite oreille pour les marqueurs discursifs.

Hélène Blondeau: Oui, et maintenant, c'est une forme qu'on retrouve parfois dans la publicité. Là, je n'ai pas d'exemple en tête, mais dans la publicité, on essaye souvent d'aller chercher des formes qui correspondent au langage spontané, donc on voit dans certaines publicités l'usage de fèque, ça fait que, et bon, c'est écrit de toutes sortes de façons dans la publicité, donc ça, c'est intéressant aussi. Je sais aussi que dans..et ça, j'ai appris ça récemment.

Dans la dernière édition du…je pense que c'est du Robert, on a introduit la forme fait que, mais sous une graphie qui ne correspond pas à la forme qui est un qui est en avance dans nos études. Donc ça aussi, c'est intéressant de voir comment les dictionnaires se rendent compte aussi de l'avancée de ces formes-là et essaie de rendre dans leurs dernières éditions, la situation contemporaine.

Natalie Amgott: Oui, c'est super, je viens de voir ça aussi récemment, cet ajout au dictionnaire et en fait, j'utilise Mon petit Robert maintenant. Pas le nouveau Petit Robert, mais mon Petit Robert, je l'utilise pour mon microphone en ce moment, alors ça m'a fait rire.

Et bien, à votre avis est-ce que les apprenants et les locuteurs non natifs devraient essayer d'utiliser des marqueurs discursifs comme fait que, ça fait que, ou est-ce qu’il est préférable de commencer par simplement les reconnaître quand on les entend?

Hélène Blondeau: Je pense qu’en général, les marqueurs d'excursifs, c'est utile pour organiser sa parole, donc c'est important d'en utiliser certains. Par exemple le bon, ou alors, donc, ce sont des marqueurs discursifs qui sont très utiles. Donc oui, il faut les utiliser. Mais pour les formes qui sont moins connues, par exemple la forme ça fait que qui est une forme, on a dit qui était initialement stigmatisé, c'est une forme qui avance dans la communauté. Mais je pense que pour des apprenants, l'importance, la première étape, c'est de pouvoir les reconnaître. 

De reconnaître leurs formes. Donc si on entend ça fait que, fait que, faque, de se dire bon, c'est la même chose. De reconnaître leurs sens, de voir que ça sert à marquer la conséquence, comme alors, comme donc ou comme l'équivalent so en anglais. Donc ce qui est important, c'est de reconnaître leur forme et leur sens pour se familiariser avec le français authentique ou encore pour se sentir à l'aise lorsqu'on communique avec des gens de la communauté linguistique. 

Par exemple, si vous voyagez au Québec ou au Canada, d'être capable de reconnaître cette forme-là et de ne pas avoir l'impression que c'est un son bizarre qui apparaît au milieu d'une phrase. Je ne crois pas, cependant, qu'il soit nécessaire de l'employer. La même chose peut-être, avec la forme du coup en France. Si vous allez en France, vous allez entendre du coup régulièrement. 

Vous ne devez pas nécessairement l'employer, c'est important de le reconnaître pour comprendre ce qui est dit. Cela dit, si vous vous sentez à l'aise et en confiance et que vous êtes avec des gens que vous connaissez bien, vous pouvez faire des expériences en situation informelle.

Par exemple, dans une conversation avec des amis, vous pouvez même leur demander ce qu'ils en pensent. Mais je ne crois pas que ce soit un objectif pédagogique crucial de vous faire employer la forme fèque ou faque dans votre français d'apprenant.

Natalie Amgott: Le fait de pouvoir les reconnaître, je crois que c'est la partie la plus importante, et même j'ajouterai de pouvoir les reconnaître dans les médias si on écoute des balados, la radio, puis aussi des médias plus informels, des Tiktok.

Ou même les films. Je viens de regarder un film qui s'appelle Jusqu'au Déclin, et comme je savais que j'allais vous interviewer aujourd'hui, j'ai compté le numéro de fèque, ça fait que, ou faque que j'ai entendu. Il y en avait huit, ce n’est pas beaucoup, mais il y avait beaucoup d'autres marqueurs qu'on trouvait là-dedans.

Bon, oui, il y avait des so et beaucoup d'anglicisme aussi que bon, je ne vais pas dire que ça, c'est un anglicisme, mais beaucoup d'autres usages d'anglais que j'ai trouvés intéressants là-dedans, et je crois que oui, ce n'est pas le français authentique parce qu'il y a un script d'une façon et d'une autre façon, c’'est créé pour une audience de francophone, alors.

Hélène Blondeau: Oui.

Natalie Amgott: Je crois que ça peut nous aider aussi avec les sous titres, les apprenants vont pouvoir identifier: Ah oui, c'est ce que j'ai entendu dans ce balado ou c'est ce que j'ai entendu dans cette liste de marqueurs que ma prof m'a donnée à un moment donné.

Hélène Blondeau: Oui, parce que si c'est, c'est vrai que, de nos jours, les apprenants, lorsqu'ils bon, peu importe où ils vivent, lorsqu'ils apprennent une nouvelle langue, on essaie d'utiliser du matériel et on utilise beaucoup le matériel qui disponible sur Internet. Les gens vont parfois s'abonner, suivre des pages sur Instagram sur différentes plateformes, écouter des balados et effectivement, c'est beaucoup plus informel que ce à quoi on avait accès auparavant, quand on enseignait les langues. 

Donc d'une certaine manière, c'est très bien, ça permet aux gens de se familiariser avec le français authentique. Ça pose aussi des difficultés dans les cours, par exemple, moi, je donne un cours de conversation française et les étudiants doivent souvent faire des présentations et choisir un clip qu'ils ont trouvé sur Internet. Pour illustrer un aspect, ils font écouter à la classe et les étudiants dans la classe, parfois, ils ont du mal à reconnaître des choses parce que même si c'est du français des médias, ce n'est pas nécessairement du français formel, donc c'est ça. La reconnaissance de ces formes-là, c'est très important.

Production ou les employés, c'est un peu moins important. Donc ça peut venir avec le teint, éventuellement.

Natalie Amgott: Docteur Blondeau, merci beaucoup d'être venu aujourd'hui. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a rendu un peu nerveuse comme si j'étais de retour à UF, et comme c'était la soutenance d'une thèse ou quelque chose bien que je vous écoute, c'est tout. Mais merci beaucoup encore d'être venu, et oui.

Hélène Blondeau: Oui, merci de pour l'invitation, j'ai trouvé ça très intéressant de résumer mes recherches pour votre balado et j'espère que ce sera utile pour certaines personnes, donc merci beaucoup.

Faque…A huge thank you to Dr. Blondeau for joining me today!

One of my biggest takeaways from our conversation is that you don't necessarily need to start using every expression you hear from native speakers. So you don’t need to be using fèque or faque. Sometimes, simply learning to recognize these expressions is an important first step because it helps us to understand authentic French without having to hesitate and think wait WHAT are they saying?

So here's a little challenge for you: the next time you're listening to a French podcast (I always recommend En 5 minutes or Ça s’explique for Québec French) or you’re watching a French movie, a French language movie, or just eavesdropping while you take the Montréal métro, pay attention to those little words you hear that connect ideas and organize conversations. Les marqueurs discursifs. You might be surprised by how often you hear them! And then once you get more and more comfortable in French, you can start using words that sound like you from this list of filler words.

If you'd like some help recognizing these expressions or knowing a bit more about what these filler words are, in linguistics we call them les marqueurs discursifs but in common language everyday, you hear people call them filler words. I've put together a free French Filler Word Guide, so you know which words are used en France and au Québec.

Faque…as always, it’s an honour to be your French teacher. Bonne continuation et à la prochaine!

Podcast created and produced by Dr. Natalie Amgott | Elevate French, LLC

Edited by Paroma Banerjee